Un férié supplémentaire fait-il plus peur à l’économie suisse que les droits de douane de Donald Trump ?
Une journée pour réfléchir à « la place de la vie dans le travail »
Les employeurs et les milieux économiques s'époumonent à parler de temps de travail et à vouloir l'augmenter et le flexibiliser. Ils ne parlent jamais de temps de repos. Or ceux-ci, prévus dans les textes légaux et indispensables à la régénération du corps et de l'esprit (deux notions absentes des manuels capitalistes et ultralibéraux suisses), méritent d'être débattus et repensés ; les chiffres croissants du stress, de l'absentéisme et du présentéisme au travail parlent d'eux-mêmes (ci-dessous).
Une journée pour réfléchir à la productivité à tout prix
En comparaison internationale, la Suisse affiche un nombre de jours fériés légaux plus bas : 9,7 en moyenne contre 12,1 dans l'UE. Elle affiche aussi un nombre d'heures plus élevé (pour un temps plein) : 40,0 heures travaillées par semaine contre 36,1 en moyenne dans l'UE. Or, la productivité ne dépend pas du nombre d'heures travaillées. Il existe même une corrélation négative : plus on travaille longtemps, moins l'on produit.
Une journée économiquement supportable
Un jour férié supplémentaire coûterait 300 millions de francs, selon le seco. Si la survie de l'économie suisse se joue à un jour férié près, mieux vaut jeter l'éponge tout de suite. Le 1er mai férié ferait-il plus peur aux entreprises et aux autorités que les droits de douane de Donald Trump ? Rappelons que Berne et les entreprises helvétiques se sont engagées à investir aux Etats-Unis 200 milliards de dollars d'ici 2028. De quoi financer 520 jours fériés suisses.
Une journée pour une meilleure redistribution des richesses
Le produit intérieur brut de la Suisse est d'environ 850 milliards de francs, soit l'équivalent de 2800 jours fériés par an (soit 7 ans de fériés par an !). Quant aux revenus du capital, générés sans le moindre effort et redistribués aux actionnaires sans le moindre remords, ils dépassent les 59 milliards (2024). Rien de plus normal dans ce pays que les producteurs-rices de richesses par le travail obtiennent, par le biais d'un jour férié le 1er mai, un modeste retour sur investissement et une petite marque de reconnaissance.
Une journée qui ne coûte rien face aux milliards engendrés par le stress au travail
Les employeurs et les autorités feraient mieux de lutter contre les risques psychosociaux dont le stress, qui coûte très cher à l'économie : 6,5 milliards de francs par an. C'est le montant de la perte de productivité due à l'absentéisme et au présentéisme généré par le stress au travail. Sans compter les coûts de la prise en charge médicale des travailleurs atteints dans leur santé.
Une journée pour l'égalité de traitement et la clarté juridique
Pour les salariées et pour les employeurs, une réglementation uniforme au niveau national est nécessaire dans un monde du travail où la mobilité inter-cantonale est de plus en plus exigée. Le patchwork hétérogène actuel (férié dans certains cantons et pas dans d'autres) engendre injustement des droits différents selon le canton de résidence et/ou de travail.
Une journée plébiscitée par la population
Le syndicat Syna, soutenu par Travail.Suisse, a notamment démontré, au moyen d'une pétition nationale, qu'il existe un besoin important au sein de la population de reconnaître le 1er mai comme jour férié pour toutes les travailleuses et travailleurs. Comme c'est simplement le cas déjà dans la majorité des pays du monde et la quasi-totalité des Etats européens.
Ilustration générée par l'IA
Faire du 1er Mai un jour férié national :
Motion de Léonore Porchet, conseillère nationale vaudoise.
Débat à Forum RTS : les arguments clairs et tranchants de Laurent Crevoisier (Syna Jura)
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