Par Syna le 6.11.2026
Catégorie: Égalité

Il est temps pour un véritable congé familial!

112 517 signatures ont été récoltées et déposées à Berne. C'est un premier obstacle franchi. Mais c'est surtout le point de départd'un débat que la Suisse aurait dû engager depuis longtemps: comment mieux concilier travail et famille?

Ce 30 septembre, le soleil et les visages sont rayonnants sur la Place fédérale, où règne l'enthousiasme: avec une large alliance, nous venons de déposer officiellement l'initiative pour un congé familial, munie de 112 517 signatures. Nous demandons qu'après la naissance d'un enfant, chacun des deux parents bénéficie de 18 semaines de temps pour la famille. Pour la Suisse, cela représenterait un pas important vers une politique familiale adaptée à notre époque.

La Suisse est à la traîne

Le large soutien dont bénéficie l'initiative n'est guère étonnant au vu du retard de la Suisse en matière de congé parental: actuellement, les mères ont droit à 14 semaines de congé maternité, alors que les pères ou le deuxième parent ne se voient accorder que deux semaines.

Deux semaines qui n'ont été obtenues que tout récemment, avec l'introduction, en 2021, du congé de paternité. Il a fallu pour cela des années de pression politique, exercée entre autres au moyen de l'initiative pour un congé de paternité lancée par Travail.Suisse. Une avancée importante, certes. Mais à l'échelle européenne, la Suisse fait toujours figure de lanterne rouge en matière de congé parental.

La vie familiale a changé

La naissance d'un enfant bouleverse la vie des parents, avec de nouvelles tâches, des nuits courtes et un rythme quotidien qu'il faut trouver. Les premières semaines et les premiers mois sont une période particulière et précieuse, où parents et enfant tissent leurs liens familiaux. Il est essentiel que les parents aient suffisamment de temps à y consacrer ensemble. En parallèle, les conceptions de la conciliation entre famille et travail ont évolué. De nombreux pères souhaitent assumer davantage de responsabilités dès le début et passer plus de temps avec leurs enfants, tandis que beaucoup de mères veulent poursuivre leur carrière professionnelle sans pour autant renoncer à consacrer du temps à leur famille.

Mais entre ces souhaits et la réalité, il y a souvent un gouffre. Les conditions actuelles n'accordent guère de choix aux parents quant à la répartition entre travail et prise en charge des enfants. C'est là qu'intervient l'initiative pour un congé familial, avec sa volonté d'établir des condition qui permettront aux parents d'assumer ensemble les responsabilités parentales, dès le début. C'est une question de liberté de choix: chaque famille doit pouvoir décider comment organiser son quotidien, selon ce qui lui convient le mieux.

L'égalité commence à la maison

Beaucoup de familles s'organisent encore selon un schéma classique, dans lequel la prise en charge de l'enfant est principalement dévolue à la mère, tandis que le père va travailler. Ce n'est pas nécessairement la répartition des tâches qu'elles préfèrent, mais c'est celle que favorise le cadre actuel.

Cela entraîne des conséquences particulièrement flagrantes dans la vie professionnelle des femmes, qui sont nombreuses à réduire ou à interrompre leur activité professionnelle après l'accouchement. Les pères, en revanche, peuvent généralement poursuivre leur carrière sans changements majeurs. À long terme, cela entraîne des répercussions sur les salaires, les opportunités de carrière et la prévoyance professionnelle.

Un congé familial de durée équivalente pour les deux parents peut aider à briser ce schéma: si tous deux ont, depuis le début, le temps de s'occuper de leur enfant et d'apprendre à maîtriser ce nouveau quotidien, cela peut modifier la future répartition des tâches. L'égalité s'établit à la maison avant de pouvoir s'établir au travail.

Cela profite aussi à l'économie

Plus de temps pour la famille n'est pas seulement une bonne nouvelle pour les parents et les enfants. L'économie a elle aussi tout intérêt à une meilleure conciliation entre vie familiale et vie professionnelle.

De nombreuses branches souffrent en effet d'une pénurie de main-d'oeuvre qualifiée, tandis que beaucoup de mères bien formées aimeraient travailler davantage si elles le pouvaient. Un partage plus équitable des tâches familiales peut contribuer à permettre aux femmes de rester sur le maché du travail.

Les familles ont besoin de temps

Bien sûr, un congé parental plus long ne résout pas tous les problèmes. Il faut aussi suffisamment de places d'accueil abordables, des salaires équitables et des horaires de travail adaptés à la vie de famille. Mais un partage plus équitable du temps consacré à la famille constituerait un pas important dans la bonne direction. Un premier obstacle a été franchi avec le dépôt de l'initiative. Les 112 517 signatures montrent que les gens sont nombreux à souhaiter de meilleures conditions pour les familles. Les visages radieux sur la Place fédérale ne témoignaient pas seulement de la joie d'avoir recueilli autant de signatures, mais aussi de la conviction que la politique familiale suisse peut enfin évoluer.

«Le véritable travail politique ne fait que commencer.»

112 517 signatures, un soleil radieux et beaucoup de visages heureux sur la Place fédérale. Qu'est-ce qui t'est passé par la tête à ce moment-là?

Yvonne Feri: Surtout de la joie et de la gratitude pour l'incroyable engagement qui a permis de récolter ces 112 517 signatures. Beaucoup de collaboratrices et de collaborateurs, de membres et de bénévoles ont récolté ces signatures durant des mois, gagnant le public à notre cause. Pouvoir nous réunir sur la Place fédérale fut un beau moment.

Avec le dépôt des signatures, le plus gros du travail est-il accompli?

Feri: Non, c'est maintenant que débute le travail politique. Récolter des signatures est une chose, obtenir une majorité politique en est une autre. Nous devons à présent é veiller à ce que cette cause ne soit pas reléguée aux oubliettes. La large alliance qui soutient l'initiative constitue un atout important pour y parvenir.

Que souhaites-tu pour le débat politique à venir?

Que la discussion ne porte pas seulement sur le coût d'un plus long congé familial, mais aussi les bénéfices qu'il apporte à notre société. Et que nous prenions à coeur la réalité quotidienne des familles: il faut des solutions qui apportent une réelle amélioration. C'est pour cela que nous continuerons à nous engager sans relâche.

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