L'Office fédéral de la statistique a publié aujourd'hui de nouveaux chiffres sur l'inégalité salariale. Ils réservent une bonne surprise : alors que les inégalités globales continuent de diminuer, passant de 16,2% en 2022 à 15,7% en 2024, la discrimination salariale recule enfin elle aussi, après avoir continuellement augmenté depuis plus de dix ans. Pourtant, les femmes gagnent toujours moins que les hommes en raison de leur sexe, en moyenne 640 francs par mois de moins.
L'analyse détaillée des différences salariales entre femmes et hommes est réalisée tous les deux ans par l'Office fédéral de la statistique sur la base des résultats de son enquête sur la structure des salaires ESS. Les chiffres se rapportant à l'édition 2024 publiés aujourd'hui affichent une baisse de l'écart salarial global pour l'ensemble de l'économie, qui passe ainsi de 16,2% à 15,7% (-0,5 point de pourcentage). La baisse est plus marquée dans le secteur public (- 1 point de pourcentage) que dans l'économie privée (- 0,3 point de pourcentage), cette dernière étant presque insignifiante. Il s'agit de valeurs descriptives basées sur les salaires bruts moyens.
Au-delà de ce chiffre global, Travail.Suisse s'inquiète depuis des années de l'augmentation constante de la part inexpliquée de l'écart salarial, une part qui ne s'explique pas par des critères objectifs comme le niveau de formation de la personne, la branche où elle travaille ou le niveau de responsabilités qu'elle assume, entre autres. C'est ce que les spécialistes appellent la discrimination salariale. En 2022, elle représentait presque la moitié des écarts mesurés, soit 48,2%, une proportion en constante hausse depuis 2014. En 2024, cette part a enfin baissé, passant à 46,9% (-1,3 point de pourcentage), mais elle reste bien trop élevée.
L'OFS précise que l'écart salarial inexpliqué n'est que de 6,5% pour l'ensemble de l'économie, de 6,7% pour l'économie privée – avec de grands écarts en fonction des branches – et de 5,9% pour le secteur public. Si ces chiffres sont bien exacts, ils résultent d'un savant calcul où les salaires bruts sont « logarithmisés », c'est-à-dire qu'ils sont décomposés pour déterminer la part relative de l'écart salarial inexpliqué. Le communiqué de presse de l'OFS ne mentionne toutefois pas que la discrimination salariale représente encore près de la moitié (46,9 %) des écarts salariaux mesurés. Cette information figure uniquement dans un graphique publié sur le site de l'office.
640 francs de moins en moyenne chaque mois pour les femmes
La baisse de la part inexpliquée de l'inégalité salariale est satisfaisante, néanmoins Valérie Borioli Sandoz, responsable de la politique de l'égalité, précise : « Les chiffres publiés aujourd'hui peuvent donner l'impression que la discrimination salariale n'est finalement pas très élevée dans notre pays, seulement de quelques pourcents. Or, ce sont tout de même 640 francs en moyenne par mois qui ne sont pas payés aux femmes pour la seule raison qu'elles sont des femmes. Certes, c'est 17 francs de moins qu'il y a deux ans, mais la somme reste bien trop élevée. » Dans le secteur privé, le manque à gagner des femmes est de 644 francs par mois en moyenne, et varie de 191 francs dans l'hôtellerie-restauration à 1506 francs dans les activités financières et d'assurance. C'est loin d'être négligeable sur l'ensemble d'une vie professionnelle et cette réalité exige une réponse du législateur.
Ces résultats 2024 sont aussi à interpréter dans le contexte de la dernière révision de la loi sur l'égalité qui oblige les entreprises les plus grandes (dès 100 employé·e·s) à analyser les salaires sous l'angle de l'égalité depuis juillet 2020. L'évaluation finale de l'efficacité de la loi, attendue pour fin 2027, dira si ce léger recul de la part inexpliquée des inégalités salariales est une conséquence de cette obligation légale. En tous les cas, Travail.Suisse, tout comme une large Coalition de plus de 50 organisations, appelle le Parlement à pérenniser dans la loi cette obligation d'analyse.