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Travailler dans des conditions extrêmes

De la canicule à la pluie incessante, le changement climatique est une réalité. Les personnes qui travaillent à l'extérieur sont de plus en plus exposées à des conditions météorologiques extrêmes. Or, leur protection légale demeure lacunaire.

L'été 2025 n'a pas fait exception à la nouvelle règle. Avec des températures atteignant 35 °C, de nombreux travailleurs et travailleuses ont été mis à rude épreuve, surtout à l'extérieur, par exemple sur les chantiers, dans l'agriculture, dans l'entretien des jardins ou des routes. «Même pour moi, au bureau, la chaleur était pénible », reconnaît Michele Aversa, coresponsable de branche pour le secteur principal de la construction chez Syna, «mais lorsque le travail est effectué en plein air, c'est bien pire. Nous devons protéger ces personnes de manière ciblée, la santé est toujours une priorité.»

Le corps à bout: quand la chaleur devient un danger

La chaleur extrême n'est pas seulement désagréable, elle est dangereuse pour la santé. Le corps réagit aux fortes températures en transpirant pour se refroidir, ce qui entraîne une importante perte de liquide et, si l'exposition à la chaleur se prolonge, de l'épuisement, des troubles de la concentration et circulatoires. Résultat: le risque d'accident augmente considérablement. La Suva constate que, les jours où la température dépasse 30 °C, l'augmentation des accidents de travail peut atteindre 7 % dans le secteur de la construction. 

Pourtant, la loi suisse ne prévoit pas d'arrêt du travail en cas de canicule. Elle impose certes un devoir de diligence aux employeurs qui doivent prévoir des mesures de protection telles que des pauses suffisantes, de l'eau, des zones d'ombre ou encore des horaires aménagés qui débutent plus tôt le matin. Mais leur mise en oeuvre est souvent lacunaire. «La pression économique est énorme», indique Michele. «Les marges serrées, les délais à respecter et l'absence de directives claires mettent les entreprises sous pression.»

Pression des délais et pénalités conventionnelles
L'un des problèmes est qu'à ce jour, les journées de forte chaleur ne sont pas reconnues comme un motif valable de report des échéances. Par conséquent, même lorsque les températures deviennent dangereuses pour la santé, les entreprises risquent des pénalités conventionnelles si le travail n'est pas achevé à temps. Et cette pression est directement répercutée sur les ouvriers. 

Face à cette situation, les syndicats, soutenus par les partenaires sociaux du secteur, réclament une réforme législative. Fin 2024, le Conseil national a approuvé à une nette majorité la motion «Renforcer la protection de la santé des ouvrières et des ouvriers de la construction, prolonger les délais en cas de vagues de chaleur». Elle permet de reporter les délais en cas de chaleur extrême sans risque de sanctions financières. C'est à présent au tour du Conseil des États de prendre sa décision. 

«J'attends du Conseil des États qu'il ne laisse pas tomber les ouvriers du bâtiment qui travaillent dur», déclare M. Aversa. «Il ne s'agit pas de refuser de travailler, mais d'exiger une protection adéquate dans des conditions dangereuses pour la santé.» 
Rayonnement UV et risque de cancer
Cependant, la chaleur n'est pas le seul facteur de risque. Le rayonnement UV est souvent sous-estimé, avec de graves conséquences. Selon des études menées par l'Institut suisse de recherche expérimentale sur le cancer à Lausanne, les personnes qui travaillent dans le bâtiment, la construction routière ou l'horticulture sont exposées à des niveaux d'UV trois à cinq fois plus élevés que celles qui exercent leur profession à l'intérieur. 

Élément de risque supplémentaire, le contact avec des dérivés du goudron ou du bitume sur les chantiers peut encore renforcer l'effet cancérigène des rayons UV. Selon les estimations de la Suva, environ 1000 personnes développent chaque année en Suisse un cancer de la peau lié à leur activité professionnelle. Et ce chiffre est en augmentation. «Il est urgent d'améliorer la prévention dans ce domaine », insiste Michele. «Il faut fournir des vêtements de protection, organiser des contrôles réguliers de la peau et former les travailleurs concernés.»
Conditions météorologiques extrêmes en automne et en hiver aussi

La fin de l'été n'annonce pas la fin des difficultés. Dès l'automne, les travailleurs doivent composer avec la pluie, le vent, la neige et le froid. L'indemnité en cas d'intempéries, prestation de l'assurance-chômage, peut intervenir lorsque les conditions climatiques rendent le travail impossible et couvrir jusqu'à 80 % du salaire. Mais la procédure est complexe: les employeurs doivent documenter correctement la situation, attendre l'autorisation de l'autorité cantonale et restent tenus de verser l'intégralité des cotisations AVS et assurance-accidents. Il y a de surcroît deux à trois jours de carence qui ne sont pas indemnisés. Les charges administratives et financières dissuadent ainsi de nombreuses entreprises. «On continue souvent à travailler bien trop longtemps, alors même que les conditions ne sont plus tenables du point de vue de la santé», déplore Michele Aversa. 

La clarté juridique doit primer sur la marge de manoeuvre

Le changement climatique impose de nouveaux défis au monde du travail, et en premier lieu aux personnes qui travaillent à l'extérieur, exposées à la chaleur, au froid, à l'humidité ou aux UV. Ce qui autrefois était l'exception tend à devenir normal. Face à cette réalité, la protection des travailleurs et travailleuses doit évoluer, avec des prescriptions légales claires et contraignantes au lieu de recommandations facultatives. Il ne s'agit pas de revendiquer des privilèges, mais de garantir des standards minimaux de santé. Pour Michele Aversa, cela s'impose comme une évidence: «Les personnes qui travaillent quotidiennement à l'extérieur ne doivent pas avoir à subir les conséquences de lacunes dans la loi ou de pressions économiques. Elles ont droit à la sécurité, au respect et à des conditions équitables, quelle que soit la météo. Et c'est maintenant qu'il faut agir, avant que les extrêmes ne deviennent la norme.» 

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