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Le personnel soignant sonne l’alarme

Quatre ans après l'initiative sur les soins, le bilan est amer: la situation dans la branche reste critique. Il faut que cela change enfin!

La déception est à la hauteur des attentes. En 2021, le peuple suisse votait à une claire majorité pour une renforcement des professions de la santé. Or, loin des améliorations espérées, bon nombre d'employées et employés de la branche voient leurs conditions de travail se péjorer. La pénurie de main d'œuvre qualifiée s'aggrave année après année, la charge de travail s'accroit et toujours plus de professionnels quittent la branche. Dans le même temps, la demande de soins médicaux augmente, notamment en raison de l'évolution démographique. Ce déséquilibre menace la stabilité du système de santé.

Le mois de décembre sera décisif, puisque le Conseil national débattra de la deuxième étape de la mise en œuvre de l'initiative sur les soins infirmiers. Ce sera l'occasion de poser enfin les bons jalons. Mais les projets de loi présentés jusqu'ici ne vont pas assez loin et ne résolvent pas les problèmes les plus urgents.
Le surmenage au quotidien

Sur le terrain, dans les hôpitaux, les services de psychiatrie, les EMS et soins à domicile, la surcharge de travail est constante. Peu de soignantes et soignants doivent s'occuper simultanément d'un grand nombre de patients aux besoins variés, qui exigent souvent des soins complexes ou longs.

Dans les maisons de retraite et les établissements médico-sociaux, le temps manque pour prodiguer des soins dignes, en particulier aux résidents très âgés ou atteints de démence. Les soignants rapportent que durant leur service, ils doivent accorder la priorité à l'accomplissement de leurs tâches plutôt qu'aux besoins des patients, ce qui leur pèse énormément.

À cela s'ajoute la pression économique. Chaque activité est minutée, ce qui contraint les soignants à agir comme des machines au lieu de répondre aux besoins des gens. plaçant les soignantes et soignants devant un dilemme éthique: se conformer à des règles rigides ou essayer malgré tout de répondre aux besoins des patients, souvent au détriment de leur propre santé.

Toujours davantage de jeunes médecins doutent eux aussi. Les horaires de travail trop longs, le manque de possibilités de formation continue et le risque constant de mettre en danger le bien-être des patients poussent nombre d'entre eux à envisager de quitter la profession. Le cercle vicieux de la surcharge de travail et des départs de professionnels ne fait qu'aggraver la pénurie de main-d'œuvre qualifiée.
La mise en œuvre de l'initiative sur les soins reste insuffisante

En acceptant l'initiative sur les soins, la population a demandé des améliorations clairement définies: des effectifs adaptés aux besoins, des conditions de travail sûres et un financement adéquat. Or, le projet de nouvelle loi fédérale sur les conditions de travail dans le domaine des soins infirmiers (LCTSI) présenté par le Conseil fédéral ne répond pas à ces objectifs.

Ce projet de loi identifie certes les principaux problèmes, mais il manque des dispositions décisives. La question du financement, en particulier, reste sans réponse. Sans moyens suffisants, il n'est pas possible de créer assez d'emplois ni de garantir des conditions de travail équitables. La loi risque donc de rester sans effets.

C'est une amère déception pour le personnel soignant et, pour la population, le risque accru d'une péjoration du système de santé.
Sans personnel, pas de soins

La Suisse a longtemps bénéficié d'un système de santé considéré comme l'un des meilleurs au monde. Mais cette réputation se ternit. Lorsque des enfants malades ne trouvent plus de médecin, que des personnes âgées ne bénéficient plus d'aide à domicile ou que des régions entières doivent se passer de médecins généralistes, c'est ni plus ni moins la sécurité des soins qui est en jeu.

Une chose est sûre: il n'y a de bons soins de santé qu'avec un personnel motivé, en bonne santé et en nombre suffisant. Ignorer les conditions de travail, c'est mettre en danger les patients et patientes. C'est pourquoi la protestation ne s'adresse pas seulement à la sphère politique, mais à l'ensemble de la population. Tout le monde aura un jour ou l'autre besoin des services du système de santé.
Un appel à toutes et tous

nL'Alliance du personnel de santé appelle donc à se rassembler le 22 novembre sur la Place fédérale à Berne. Avec pour devise «Les soins de santé: c'est nous pour vous», il s'agit d'envoyer un signal fort en faveur de conditions de travail équitables, d'un financement durable et d'une couverture de soins sûre.

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