Négociations salariales 2020: les gagnants et les perdants
L'économie est en croissance et les prix augmentent mais les salaires, eux, ne décollent pas. Les résultats des accords salariaux 2020 sont meilleurs que ceux de l'année dernière, avec une augmentation nominale de 0,5 à 1,5%, mais ils viennent aussi du fait que les travailleurs-euses sont descendus dans la rue. Malgré cela, la déception est surtout due à la répartition individuelle, laissant souvent les femmes travaillant à temps partiel repartir les mains vides, et aussi aux accords salariaux insuffisants dans l'industrie MEM.
Les chiffres indicateurs depuis 2017 sont sans équivoque: La croissance est solide et en moyenne de 1,7% par an. Le renchérissement évolue durant la même période de quatre ans en moyenne de 0,6% par an et réduit à néant les augmentations de salaire: Selon l'index salarial, les salaires réels s'amenuisent en raison du renchérissement enregistré durant les années 2017 et 2018. Et même les salaires négociés par les syndicats ont seulement augmenté modestement de 0,6%, une fois déduit le renchérissement effectif sur 3 ans (2017–2019).
C'est sur la base de ces chiffres explicites que Syna a demandé au mois d'août des augmentations de salaire de 2% et une répartition générale à tous les travailleurs-euses. Les résultats des accords salariaux connus jusque-là se situent entre 0,5 et 1,5%. Compte tenu du retard à combler, ces résultats ne sont pas convaincants dans l'ensemble.
En tant que syndicat couvrant toutes les branches, Syna négocie dans le secteur de l'artisanat, des services et de l'industrie. Les résultats des négociations donnent une image contrastée: Nous constatons des évolutions positives et négatives et nous nommons les gagnants ainsi que les perdants de cet automne salarial.
La mobilisation a un impact sur le porte-monnaie!
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L'année dernière, les travailleurs-euses du bâtiment ont organisé de nombreuses actions de protestation en réclamant une nouvelle CCT et une augmentation salariale après quatre ans de gel des salaires. Cet automne, les employé-e-s du secteur de la santé ont protesté dans le canton de Vaud. Et ils ont même menacé de faire grève, car ils réclamaient une classification équitable des salaires. Dans les deux cas, la mobilisation des employé-e-s a porté ses fruits.
Les travailleurs du bâtiment ont obtenu (comme l'année dernière) 80 francs (env. 1,4%) d'augmentation salariale. Dans le canton de Vaud, l'État et les employeurs ont transigé: ils ont rectifié la classification salariale et financent avec 20 millions de francs supplémentaires des augmentations salariales significatives.
Syna incarne un partenariat social constructif et une recherche de solution à la table des négociations. Cependant, après des années de retenues, il faut visiblement rappeler à certains employeurs par des actions de protestation que leurs employé-e-s attendent des salaires équitables, une participation à la réussite de l'entreprise et une compensation du renchérissement permanent. - Cet automne salarial a aussi été l'occasion de relever à nouveau de nombreux salaires minima (industrie textile, nettoyage et diverses branches de l'artisanat), ce qui a un triple impact positif: Pour beaucoup de travailleurs-euses des branches à bas salaires, relever les salaires minima signifient une augmentation identique de leur salaire effectif. Qui plus est, des salaires plus élevés à l'embauche augmentent l'attrait de la branche ainsi que la pression pour procéder également à un relèvement des salaires effectifs.
Répartition salariale individuelle: injustice, aussi et surtout pour les femmes
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Même si la tendance est légèrement à la baisse, beaucoup d'augmentations salariales sont encore réparties de manière individuelle. C'est surtout dans le secteur des services (2019: 78% individuelle et 22% générale) que la tendance n'a pas pu être enrayée non plus pour 2020. A côté du commerce de détail, on est frappé par les résultats négatifs dans le secteur de la santé, mais aussi dans les branches de l'industrie. Des répartitions salariales individuelles répétées au cours des ans, cela signifie des gels de salaires pour un grand nombre de travailleurs-euses, quel que soit le niveau d'augmentation des prix, des primes de caisse-maladie et des loyers.
C'est surtout dans l'artisanat que les accords salariaux individuels sont souvent liés à une répartition salariale complètement arbitraire. Car sans système salarial et sans règles claires de répartition, les augmentations salariales se font de manière arbitraire et sans aucune transparence. - C'est aussi pour cette raison que les femmes ne peuvent pas être satisfaites de cet automne salarial. 60% d'entre elles travaillent à temps partiel. C'est précisément quand il y a des répartitions salariales individuelles que Syna constate que les employé-e-s à temps partiel repartent très souvent les mains vides. Traditionnellement, ce sont les collaborateurs masculins travaillant à temps plein comme cadres à qui profitent la répartition salariale individuelle. A notre connaissance, seule la Coop a pris des mesures salariales spécifiques pour les femmes. Syna est, en plus, sceptique concernant les analyses sur l'égalité des salaires qui seront effectuées à partir de l'année prochaine (pour les grandes entreprises à partir de 100 collaborateurs-trices). Vont-elles vraiment avoir un impact positif sur tous les salaires des femmes?
Moins d'années avec des gels de salaires
- Avec 1 à 1,5% d'augmentation, les accords salariaux des secteurs des services et de l'artisanat sont légèrement plus élevés que l'année précédente. Il n'y a presque aucun gel de salaires dans ces secteurs.
- Le relèvement des salaires minima de 2 à 3% dans le nettoyage et l'industrie du textile est une satisfaction. Pour beaucoup de travailleurs-euses dans cette branche habituée aux bas salaires, cela signifie plus d'argent dans le porte-monnaie.
- Pour la deuxième fois consécutive, les travailleurs-euses du secteur de la construction vont percevoir 80 francs de plus de salaire. Cela est nécessaire, car les salaires n'ont pas été augmentés entre 2015 à 2018.
- Différentes branches de l'artisanat en Suisse allemande affichent également des augmentations significatives de salaires: La menuiserie et l'industrie du meuble chacune 1,5% en plus (dont la moitié en augmentation générale). Dans la construction en bois, le tableau des salaires a été relevé de 1,5% également et les installateurs-trices électriques et de télécommunication perçoivent 100 francs de plus et en supplément la compensation du renchérissement.
Toujours la même chanson dans l'industrie MEM
- L'automne salarial affiche des résultats amers pour les employé-e-s des magasins de stations-service. Aucune augmentation des salaires pour la deuxième fois consécutive.
- Il faut reconnaître pour l'industrie des machines, des équipements électriques et des métaux (MEM), que la situation sur le marché des devises constitue un vrai défi à relever et celle des commandes n'est pas optimale. Malgré tout, les résultats des accords salariaux connus jusque-là, avec une faible augmentation se situant entre 0,5 et 1%, ne sont pas convaincants. Depuis bientôt une dizaine d'années, voilà comment sont traités les travailleurs-euses dans l'industrie MEM: Souvent, il n'y a rien du tout, parfois des versements uniques. Et quand la masse salariale est augmentée, la répartition est faite de manière individuelle. Une politique salariale progressiste et motivante, dans une branche qui se plaint de la pénurie de personnel qualifié et qui se qualifie d'innovante ressemble définitivement à autre chose que cela!
- Travailler dans la restauration signifie la plupart du temps, avoir des horaires de travail rallongés et irréguliers et une pression de travail élevée. Il serait donc d'autant plus motivant et urgent d'avoir de bonnes conditions de travail et de bons salaires. Pendant que l'association patronale GastroSuisse boycotte en ce moment, de manière totalement incompréhensible, les négociations de la CCT, aucune entente sur les salaires n'a pu être trouvée non plus cet été. Pour cette raison, Syna a sollicité avec les partenaires sociaux un arbitrage et espère qu'il veillera à ce qu'il y ait de meilleurs salaires dans les branches habituées à des bas salaires.
Renseignements complémentaires
Arno Kerst, président
