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Quand le marché ne joue pas le jeu

La Suisse souffre d'un manque de main d'œuvre qualifiée. Voilà qui devrait avoir un effet positif sur les salaires dans les branches concernées. Et pourtant…

Au fond, le système de l'offre et de la demande fonctionne comme avec les abricots: lorsque la récolte est mauvaise, le prix augmente. Si l'on applique cela au marché du travail, on devrait constater une augmentation des salaires, résultant du manque de main d'œuvre qualifiée: le nombre des ouvriers ne suffisant plus à répondre à la demande, leur prix devrait augmenter.
Et parallèlement, les salaires d'entrée sur le marché du travail devraient eux aussi prendre l'ascenseur, puisque la rétribution joue un rôle déterminant pour l'attractivité d'un métier. Un salaire plus haut aurait ainsi une influence positive sur le recrutement de la relève dans la branche.

Des solutions boiteuses

Les métiers de l'artisanat, des soins et de la restauration sont particulièrement touchés par le manque de personnel qualifié. Une situation à laquelle de plus hauts salaires d'embauche pourraient contribuer à remédier. Pourtant, au lieu d'investir sur le long terme pour l'avenir de leur branche, les employeurs préfèrent recourir à des solutions à court terme:

  • Les employés manquants sont recrutés à l'étranger. Pour les employeurs, ils représentent des économies sur le plan salarial: le niveau des salaires dans les pays limitrophes étant plus bas qu'en Suisse, ces employés se satisfont souvent d'une paie inférieure à celle de leurs collègues suisses.
  • Les pics saisonniers sont surmontés avec des travailleurs temporaires, ce qui permet aux employeurs de couvrir leurs besoins tout en minimisant leurs coûts en personnel.
Penser à court terme et se plaindre ensuite

Les employeurs ont fini par admettre une forte fluctuation du personnel jusque dans les métiers des services, où la fidélisation des clients joue pourtant un rôle essentiel pour le succès de l'entreprise.
En d'autres termes, ils préfèrent engager du personnel sans expérience et moins cher, plutôt que d'augmenter les salaires de leur personnel expérimenté. Or ce sont ces mêmes employeurs qui se plaignent ensuite amèrement lorsque leur chiffre d'affaires s'écroule, faute de clientèle.

Moins qualifié = moins cher

Dans le secteur de la santé, on observe encore un autre phénomène: les équipes sont complétées par du personnel moins qualifié. Ainsi, puisqu'il y a pénurie de personnel soignant diplômé ayant suivi une formation de 3 ans, celui-ci est remplacée par des personnes formé pendant 2 ans seulement ou par des assistant-e-s en soins (cours spécialisés), qui ne sont cependant pas habilité-e-s à donner tous les soins. Et cela accroît injustement la charge de travail du personnel diplômé.

Il faut des stratégies durables
Aucune de ces stratégies ne résout durablement le problème de la pénurie de personnel qualifié, qui, selon les prévisions, va encore s'aggraver dans plusieurs branches.
Les employeurs seraient par conséquent bien inspirés d'investir dans les salaires et la formation de leur personnel pour augmenter l'attractivité de leur branche. Car seule une réflexion sur le long terme pourra apporter une solution durable aux problèmes.

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